Ce jour où j'ai donné la vie...

J'étais loin de m'imaginer, ce jour-là, que notre petit cœur pointerai le bout de son nez. Je comptais encore les jours, la valise de maternité était bouclée depuis la veille... et j'avais montré au Papa la veille au soir de quoi était composé le trousseau de naissance et où je l'avais rangé afin qu'il puisse le donner à la sage-femme au moment venu.

Peut-être qu'inconsciemment je l'ai senti venir, et pourtant son arrivé a été soudaine... 


Source image : Pinterest

Mon mari, insistait depuis plusieurs jours pour faire la photo du ventre illustrant le 8ème mois de grossesse... mais je n'étais pas d'accord : depuis le début cette photo mensuelle est faite le 18 de chaque mois... nous ne sommes que le 15... on verra dans 3 jours. Si j'avais su... 

Ce jour là, le jeudi 15 janvier, nous avions rendez-vous à 16 heures à l'hôpital pour le rendez-vous avec l'anesthésiste. Dans le couloir, on croise la sage-femme avec laquelle nous réalisons les cours d'haptonomie... on doit se voir le lendemain matin à 10 heures pour notre 6ème cours et aborder l'accouchement jusqu'à la délivrance. Ce cours, je l'attends avec impatience pour mieux me préparer à ce grand moment, mais mon fils en décidera autrement... 

Vers 17 heures, on reprend la voiture pour rentrer à la maison. Un petit arrêt à la pharmacie sur le trajet pour récupérer les homéopathies prescrites par l'hôpital en préparation à l'accouchement. Je dois commencer dans 2 jours un premier traitement en prévision de ce grand jour, mais encore une fois... ils ne me serviront pas... 

Sur le trajet la fatigue commence à se faire ressentir. Depuis quelques jours un rien me provoque une fatigue extrême, et là le trajet en voiture m'a "achevée". Quelques douleurs dans les reins se font ressentir... je me dis juste qu'une bonne douche chaude et un dodo pourra me soulager en rentrant. 

Je passe donc sous la douche à peine rentrée pour me détendre et m'installe sur le canapé où je m'assoupie assez rapidement. C'est aux alentours de 19 heures que ces douleurs deviennent intenses au point de me réveiller. J'ai connu les contractions dans le ventre depuis mon 4ème mois de grossesse, mais là je ne sens pas mon utérus se contracter... je me dis alors que Bébé est peut-être mal positionné, il fait peut-être pression sur un nerf... ou le poids du ventre commence à avoir une influence sur mon dos... loin de m'imaginer que le travail était commencé. 

En peu de temps, l'intensité de ces douleurs augmenta considérablement, au point de me retrouver à 4 pattes en larmes dans l'escalier sans comprendre ce qu'il se passait. J'ai demandé à ma moitié d'appeler l'hôpital et la ligne direct des sage-femmes pour savoir si nous devions nous déplacer. 

Il attrapa le téléphone et répéta à la sage-femme ce que je lui disais tout en me tortillant de douleurs : "ma femme est à 36+4 SA et a des douleurs très fortes dans les reins mais ne sens pas son utérus se contracter, devons-nous venir ?"... la sage-femme nous explique alors que, pas de bol, ce sont bien des contractions et malheureusement celles dans les reins sont les plus douloureuses que l'on puisse connaître. A ce moment là, nous n'avions pas mesurer la fréquence de ces contractions puisque nous ignorions que ces douleurs pouvaient en être. Elle nous conseilla donc de m'installer dans un bain chaud pour voir si cela allait me détendre et mettre fin à ces douleurs (dans ce cas c'est un faux travail) ou réguler la fréquence et là il faut venir !

Mon mari me fait donc couler un bain, je m'y installe avec mon téléphone dans une main et l'application "Ma grossesse" de Doctissimo proposant un "contractomètre" qui permet de mesurer la fréquence des contactions en actionnant simplement un bouton en début et fin de contraction. Je remarque alors très vite qu'elles reviennent toutes les 3 minutes et de façon très régulières... pas de doutes, il faut partir !

En quelques minutes, nous voilà en train de charger la valise de maternité dans le coffre, installer un sac sur le siège passager au cas où je perdrais les eaux en route... mais sans vraiment comprendre que c'est pour ce soir. A vrai dire, nous sommes partis en nous disant que sur place, on me donnera quelque chose qui me soulagera, et nous serons de retour d'ici 2 petites heures à la maison... 

Arrivés aux urgences obstétriques, mon mari est envoyé au bureau administratif pour faire faire une série d'étiquettes pour mon admission aux urgences et une première sage-femme me reçois et me questionne sur mon stade de la grossesse, ce que j'ai ressenti depuis le début de ces douleurs, la fréquence des contractions et le déroulement de la grossesse en général. Je dois ensuite patienter sagement dans un couloir une dizaine de minutes qu'une autre sage-femme vienne me chercher et que ma moitié me rejoigne... le temps est long, j'ai mal... et me retrouver seule dans ce couloir durant ces courtes minutes interminables n'est pas des plus agréables... 

Vient ensuite le moment de rentrer en salle d'examen. Là, nous sommes accueillis par Anne, la sage-femme et une étudiante en formation qui me confie qu'elle espère que je vais accoucher car la soirée est trop calme à son goût et qu'elle adorerai suivre mon accouchement jusqu'au bout  : ) ... Moi personnellement, je me voyais encore rentrer à la maison dans les heures qui suivent... 

On commence par m'installer sur la table d'examen, me poser 2 monitoring sur le ventre pour y entendre les battements de cœur de Bébé, et la sage-femme propose à l'étudiante de m'examiner le col. Et là, en quelques secondes, une course folle commença... J'entends l'étudiante dire à sa titulaire qu'elle pense que je suis dilatée à 5 cm mais qu'elle se trompe peut-être... je ne réalise pas... 

La sage-femme vérifie donc à son tour et confirma le verdict : "Madame, vous êtes dilatée à 5 cm, c'est super vous avez bien travaillé, maintenant on passe en salle d'accouchement !". Le temps s'est arrêté, mon mari est envoyé à la voiture pour chercher la valise de maternité, ne comprenant pas lui non plus ce qui était en train de se passer. Pour ma part, je me retrouve dans les couloirs en train de marcher rapidement vers la salle d'accouchement entre deux contractions affichant un grand sourire mais sans vraiment comprendre que le moment était venu... 

En quelques secondes, je me retrouve en blouse d'hôpital sur la table de travail, attendant mon mari un brin angoissée par l'ambiance. Dans la salle d'accouchement d'à côté, une femme hurle à la mort... les sages-femmes tentent de me détendre en m'expliquant que cette dame souhaitait une péridurale mais étant arrivée dilatée à 8 cm devra accoucher sans, sans en être préparée contrairement à moi... 

Sauf que moi, je comptais beaucoup sur le cours du lendemain pour finir cette "préparation", et je réalisais petit à petit que j'allais devoir improviser face à l'inconnu. 

Mon mari me rejoint alors tout équipé de sa blouse, ses protèges chaussures et son petit bonnet... on se regarde un brin perdus en essayant de comprendre ce qui nous arrive... A vrai dire il m'a fallu 48 heures pour réaliser ce qu'il se passait... 

La sage-femme me demande alors quelles sont mes souhaits pour l'accouchement. Je lui fait part de mon désir d'accoucher sans péridurale, que je reste ouverte à toute autre option pouvant contourner celle-ci (gaz hilarant, perfusions, etc). On lui parle également du souhait du Papa a vouloir couper le cordon si la situation le permet et d'attendre que le cordon est fini de battre avant de le couper, encore une fois, si la situation le permet. Je me suis alors sentie encouragée car la sage-femme qui allait m'aider à mettre au monde mon fils comprend mes souhaits puisqu'elle a formulé exactement les mêmes pour son propre accouchement... 

Rapidement, les contractions s'intensifient au point de ne plus pouvoir me reposer entre deux : mon dos reste tendu, la douleur ne relâche pas, j'appelle donc la sage-femme pour qu'elle m'aide à me soulager par une quelconque méthode. Elle me propose donc le protoxyde d'azote qui est une sorte de gaz hilarant qui soulage partiellement la douleur. 

Elle demanda à sa stagiaire de me tenir le masque une dizaine de minutes pour voir si ce gaz agirait sur la douleur... et là pas de doutes, je me suis rapidement sentie "partir". Ce gaz m'a permis de me détendre entre chaque contraction, sans pour autant en effacer la douleur. L'intensité des contractions est bien présente mais on se sent comme déconnectée et on ne réalise pas très bien ce qui est en train de se produire. Lorsque la contraction se termine, le corps se relâche ce qui permet de profiter de quelques instants de repos. On reste malgré tout conscient, on entend ce qui se dit autour et on garde une grande lucidité et efficacité de réponse. 

Je dois dire que j'ai perdu toute notion du temps avec ce gaz, j'ai l'impression d'avoir accouché en 30 minutes alors que mon mari m'a affirmé que le travail a duré environ 5 heures. 

La poche des eaux a été percée par la sage-femme pour aider Bébé à descendre plus vite et accélérer le travail. Positionnée sur le côté gauche durant la durée du travail, je me suis rapidement retrouvée les pieds sur les étriers et positionnée sur le dos ressentant une forte pression et une grande envie de pousser : le moment est alors venu de délivrer Bébé.

Je l'avoue, j'ai hurlé aussi fort que la dame qui hurlait lorsque je suis arrivée... je me suis surprise de voir que je pouvais crier si fort et si longtemps. Mon mari, lui, était dépassé de me voir souffrir autant... sa main n'a pas quitté la mienne durant ces longues heures quelque soit l'intensité de pression que je pouvais y mettre (avec ou sans les ongles)... 

J'ignore combien de temps a duré cette poussée, encore sous l'effet du gaz je ne me souviens que de l'intensité de la douleur du passage de la tête de mon petit cœur... 

Avec une dizaine de jours de recul, je dois avouer que d'avoir senti chaque membre de bébé passer a été une expérience incroyable. Je ne dirais pas que c'était magique, car il faut l'avouer : la douleur est au-delà de tout ce que l'on peut imaginer. A certains moments on se dit qu'on y arrivera jamais. Je me vois encore supplier la sage-femme en lui disant "aidez-moi je n'en peux plus" durant ces longues minutes où je n'attendais qu'une chose : l'entendre me dire "ne poussez plus il est là !". 

Malheureusement pour moi, une petite épisiotomie a été indispensable pour aider Bébé à effectuer son passage. Cela faisait trop longtemps qu'il était positionné dans le bassin, son cœur ralentissais, j'entends encore la sage-femme dire "il va falloir couper" et sentir la douleur de cette entaille réalisée pour aider mon fils à sortir. 

En quelques secondes, j'ai ressenti son corps passer jusqu'aux petits pieds. Le papa a été sollicité à couper le cordon en vitesse car malheureusement mon petit bonhomme avait enroulé le cordon autour de son thorax empêchant de pouvoir le sortir entièrement. La sage-femme s'est excusée de nombreuses fois de ne pas avoir pu débloquer le cordon pour répondre à notre souhait d'attendre que celui-ci est fini de battre avant de le couper, mais comme nous l'avions formulé : ce désir est à réaliser si bien entendu tout va bien. Papa a coupé le cordon et ça c'est déjà énorme.

Le voilà posé sur mon ventre, ce petit cœur que nous tentions d'imaginer durant ces 8 mois. Malgré ses 4 semaines d'avance il n'a pas besoin d'assistance ou de séjour en couveuse. Le voilà en peau à peau avant de partir avec Papa et le pédiatre pour ses premiers soins. 

Pendant ce temps, je reste en salle d'accouchement pour finir le travail : la délivrance du placenta et une partie moins agréable : la suture de cette épisiotomie avant de retrouver mon fils et son papa pour un peau à peau rallongé et sa première tétée... tout est encore surréaliste... il me faudra 48 heures pour réaliser que mon fils est là, que ma grossesse s'est terminée et que tout s'est passé si vite...

Je n'ai pas à me plaindre dans l'ensemble, mon Bibou est arrivé après 5 heures de travail (ce qui est très rapide pour une première grossesse), il se porte à merveille malgré son mois d'avance et tout le monde se porte à merveille même si les jours qui ont suivi ont été difficile pour moi (j'en reparlerai dans un prochain article).

Je suis très reconnaissante envers la sage-femme, Anne, qui m'a aidée à réaliser mon souhait d'accoucher sans péridurale et m'a soutenue lorsque je m'apprêtais à craquer face à la douleur, sans oublier ma moitié qui a gérer comme un chef sa part de Papa dans ce moment si important... 

Notre Bébé Colibri est donc né le 16 janvier 2015 à 01h42... et depuis ce jour, je suis officiellement Maman... et lui, est officiellement Papa...



19 commentaires:

  1. Félicitations à toi et bienvenue à votre petit cœur ! Quel bonheur ! J'attends de connaitre son prénom maintenant ;-) Quand je lis ton récit, je me dis que finalement c'est pas plus mal d'avoir eu la péridurale ^^ (au début je voulais faire sans mais on ne m'a pas trop donné le choix), cela dit je n'ai rien senti grâce à elle (pas de douleur certes, mais pas le passage du bébé non plus). En tout cas, tu peux être fière de toi !!! T'as bien géré la situation ! Profite bien de ton bébé !

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    1. Merci pour ce message :)

      J'avoue que les jours qui ont suivi l'accouchement j'ai regretté de ne pas avoir opté pour la péridurale, pour être plus présente avec le papa et moins prise par cette douleur... et avec du recul et les points cicatrisé ^_^ je garde un bon souvenir de ce moment où j'ai senti Bébé passé... ça reste magique et dans la continuité des sensations qu'on a pu connaître à travers le ventre...

      Pour le moment je n'ai pas assez de recul pour savoir si je pourrais retenter l'aventure sans péridurale... mais en tout cas on en survis :D

      Bébé Colibri se prénomme Lieven :)

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    2. Alors bienvenue au petit Lieven :-) C'est un prénom très joli et original ! J'imagine que la douleur de l'accouchement a été intense... Après avoir connu la péridurale je ne sais pas si je pourrai tester sans à l'avenir. Au moins toi tu pourras dire que tu as vraiment vécu ton accouchement ! Et comme tu dis, avec le recul on oublie la douleur et du coup tu en gardes un bon souvenir. Effectivement, ce moment devait être magique. Profite bien de lui car ça ne reste pas tout petit petit longtemps ^^

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    3. Merci :) .. oh oui il a déjà 13 jours et je le trouve déjà bien grandit et changé...

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  2. Félicitations à toi et bienvenue au petit Lieven (très joli prénom). On peut dire que tu a vécu ton accouchement et bravo car tu as été très forte de le faire sans péridurale. Je ne sais pas si j'en serais capable pour le second, mais je t'avouerais que j'aimerai bien,malgré la douleur que tu décris. Ne regrette rien et profite de ton petit bout. encore toutes mes félicitations.

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    1. Merci Emy andBA pour ce commentaire :) ... c'est une expérience à tester je dois dire... sentir le passage de Bébé c'est vraiment unique... après il faut se préparer à la douleur et se dire qu'elle n'est que passagère (qu'à la fin de la contraction tout se relâche et au passage de Bébé le plus dure c'est la tête après "tout glisse"). Mais il faut s'y préparer ça c'est une certitude...

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  3. Superbe récit! 5h de travail !!! Je te hais ^^
    Bravo encore à toi et au papa ;)

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    1. Merci Supamam... lol je crois que comme toi si ça avait duré en longueur j'aurais fini par craquer pour la péri ;)

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  5. Très beau témoignage de ton accouchement. Félicitations à vous et bienvenue à ton petit colibri ! ;)

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  6. Actuellement enceinte de 6 mois et demi, je ne peux qu'apprécier lire ton joli récit. Encore félicitations à toi.
    Bises
    Laura

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    1. Merci Laura :) et belle fin de grossesse... :)

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  7. Félicitation pour la venue au monde de votre petit colobri <3

    5h c'est top pour un 1er bébé c'est claire

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  8. Félicitations !!!
    j'adore le prénom de ton petit Colibri ;)

    Ton récit est super bien raconté, j'en ai les larmes aux yeux !
    J'suis a un peu plus de 6 mois de mon accouchement "présumé" la seule chose qui me fait peur moi c'est la douleur ... je t'avoue je ne peux pas envisager sans la péridurale ..

    Merci pour ce joli partage :)

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    1. Merci Floriane :)

      Il faut être prête à franchir le pas sans péridurale et s'y préparer... mais dans tous les cas, quand on est dans le feu de l'action, il y a l'excitation de découvrir Bébé et on se découvre des capacités que l'on ignorait :) on ne pense pas à la douleur sur le moment... et on oublie les 3/4 des appréhensions qu'on pouvait avoir pendant la grossesse :)

      Je te souhaite une belle grossesse :)

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